Abah Abah, Olanguena and Co toujours détenus

EPERVIER II

La garde à vue joue les prolongations

Les personnalités interpellées le 31 mars 2008, sont toujours détenues à la Direction de la police judiciaire à Yaoundé. Le dénouement des enquêtes préliminaires reste attendu

La garde a baissé d’un cran à l’extérieure du bâtiment de la Direction de la police judiciaire (Dpj) à Yaoundé. Les policiers en armés ont disparu. Et les usagers circulent presque normalement depuis jeudi dernier. Urbain Olanguena Awono, Polycarpe Abah Abah et certains de leurs anciens collaborateurs respectifs y sont toujours détenus. « Ils ont pris certaines dispositions », reconnaît Me Mong Antoine Marcel, l’un des conseils de Olanguena Awono. Ce pour améliorer les conditions de détentions de ces détenus. La police aurait entrepris à ce propos, de remplacer les vitres cassées des fenêtres des cellules, et de réparer les toilettes. Mais, « à l’heure actuelle, il est illégalement détenu », relève Me Nouga en ce qui concerne l’ex ministre de l’Economie et des finances. Selon lui, la garde à vue prorogée mercredi dernier prenait fin au soir du vendredi suivant.

On n’est pas de cet avis du côté de la Direction de la police judiciaire (Dpj). Des sources ici se défendent en disant avoir oublié de notifier la prorogation de la garde à vue du Minefi. L’acte en question aurait été oublié du côté des services du procureur de la République près le tribunal de grande instance du Mfoundi. Ce qui n’est pas le cas pour l’ex Minsanté et d’autres détenus. « Ils ont prorogé les gardes à vue », affirme Me Mong Antoine Marcel. Selon lui, son client pourrait être déféré le procureur de la République « d’ici mardi [08-04-08, ndlr]». En attendant, Me Nouga et ses confrères comptent saisir la justice ce jour pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme la « détention illégale » de leur client. De même que la Cameroon radio and television (Crtv) est dans leur collimateur.

Les avocats et la Crtv

« La Crtv fait des appels au peuple pour condamner notre client », se plaint me Nouga. « On envisage une réaction contre cet organe de presse », projettent les avocats de l’ex Minefi. Les conseils des autres détenus sont tout aussi indignés. « On a fait une lettre de protestation à un certain nombre d’instances pour que ça ne se répète plus », déclare Me Mong Antoine Marcel. N’empêche, la procédure d’auditions et d’interpellations suit son cours. En effet, une nouvelle perquisition a été opérée au domicile de Polycarpe Abah Abah vendredi dernier 4 avril 2008, au quartier Odza. Une source policière croit savoir que coffres-forts et chéquiers étaient particulièrement recherchés au cours de l’opération. Ensuite, l’ex Minefi a continué de répondre aux questions des enquêteurs le lendemain.

« Pour l’instant c’est une enquête, on ne peut pas vous en dire plus », lance Me Jean-Calvin Bilong, l’un des conseils. Même son de cloche du côté de Me Mong Antoine M. La police quant à elle ne reçoit pas la presse. En ce qui concerne l’ex Minefi, il ne serait plus question d’une irrégularité dans le reversement de la Tva au Crédit foncier du Cameroun (Cfc) par la direction des Impôts. L’affaire tournerait plutôt autour d’un compte bancaire logé au Cfc, où un certain pourcentage était perçu par Abah Abah sur la redevance audiovisuelle, et la taxe foncière, alors qu’il était directeur des impôts. Ce dernier à l’époque avait signé une convention avec les institutions concernées. Les accusateurs évalueraient la somme détournée entre 6 et 8 milliards de Fcfa. Quand à Urbain Olanguena Awono et ses anciens collaborateurs, tout porte à croire qu’ils seraient entendus sur la gestion des sommes affectées à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose au Cameroun. La directrice de la lutte contre la maladie au Minsanté, Bella Assumpta, interpellée mercredi dernier pour la même enquête, a été libérée vendredi. Le même jour, trois nouveaux suspects ont été entendus, et un seul libéré.

Edouard TAMBA

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