Abah Abah, Olanguena Awono… interpellés à Yaoundé

OPERATION EPERVIER II

Cinq hauts fonctionnaires dans les filets de la police

La police a procédé à l’interpellation d’ex membres du gouvernement et autres hauts commis de l’Etat. Dix-sept personnes seraient sous la menace des serres de l’épervier, de la Justice

 

Ce n’est pas un poisson d’avril. Et la foule est sortie nombreuse pour en avoir le cœur net. La circulation au niveau de la Direction de la police judiciaire (Dpj) s’en trouve troublée, depuis 9h du matin. « Des prévenus de luxe » sont retenus à l’intérieur, selon un confrère présent sur les lieux. Deux anciens membres du gouvernement sont aux arrêts depuis hier, 31 mars 2008. Il s’agit de l’ex ministre de l’économie et des finances, Polycarpe Abah Abah., et de l’ex ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono. Une autre source affirme que l’ex trésorier payeur général du Centre, Etogo Mbezele s’y trouve aussi. Le flou règne sur l’identité des personnes effectivement interpellées, et les faits qui leurs sont reprochés. La pression des avocats auprès des policiers reste vaine. « Vous ne pouvez pas entrer », s’entendent-ils dire. « Ce n’est pas normal », rétorquent-ils en cœur.

Aux environs de 10h, la petite querelle est interrompue par l’arrivée d’un autre haut responsable de l’administration publique. Dr Okala Raphaël Marie-Thérèse, secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le Paludisme. Il avance en claudiquant, la cheville gauche bandée. Des hommes en civil le soutiennent jusqu’à ce qu’il disparaisse derrière la grille. Rejoignant ainsi son homologue du Comité nationale de lutte contre le sida, Dr Feuze Maurice. Les avocats continuent de ronger leur frein. Jusqu’à ce qu’intervienne l’adjoint au directeur de la Police judiciaire. « Vous ne pouvez pas encore entrer, il faut attendre. Nous sommes entrain de prendre des dispositions matérielles et sécuritaires », explique-t-il aux avocats. La foule ne désemplit pas autour de la Dpj. Les commentaires vont bon train. Des policiers veillent, armes aux poing. D’autres filtrent les usagers, et repoussent la population.

 

Abah Abah et la Tva

C’est alors qu’une rumeur annonce que les flics « sont allés chercher Mebara [Atangana Mebara, ex ministre des relations extérieures, ndlr], ils vont bientôt arriver avec lui ». Suffisant pour retenir le monde présent. Deux avocats parviennent enfin à entrer. Et ressortent moins d’une demi-heure plus tard. « On venait d’ouvrir une audition tout à l’heure, mais elle a été suspendue. Pour l’instant on est entrain d’entendre quelqu’un d’autre », confie Me Bilong, membre du conseil de Abah Abah Polycarpe. Il précise que « c’est maintenant que le commissaire lui dit sur quoi on veut l’entendre. Ils disent que quand il était directeur des Impôts, il a reversé la Tva au Crédit foncier et que l’Inspection générale a constaté des irrégularités. Pour l’instant, c’est sur ces irrégularités qu’on voudrait l’entendre ».

Une affaire qui date de l’époque où l’ex Minefi occupait le poste de Directeur général des Impôts. A en croire Me Bilong, « c’est encore une enquête. Ce n’est pas une inculpation ». Raison pour laquelle, « pour l’instant nous n’organisons pas encore la défense », ajoute-t-il. Vers 16h, Etogo Mbezele sort de la Dpj sous escorte. L’ex Minsanté fait de même une heure plus tard. Ce à destination de son domicile pour des opérations de perquisition. Jusqu’à 18h hier, pas l’ombre de l’ex ministre des relations extérieures à la Dpj. En fin de soirée, Me Nouga, un des avocats de l’ex Minefi joint au téléphone, s’insurge contre la procédure. « C’est l’instrumentalisation de la justice. On va continuer demain. Je pars sans savoir de quoi on l’accuse. Ils parlent seulement de détournement de deniers publics. C’est ridicule », se plaint-il. Le même flou règne sur le cas des quatre autres.


Abah Abah : de la rumeur aux arrêts

« Peut-être que ça va arriver. Mais pour l’instant je suis encore chez moi », lançait Abah Abah aux journalistes le 20 mars 2008, devant le portail de sa résidence au quartier Odza à Yaoundé. C’est donc arriver hier, 31 mars 2008, au petit matin. Il a été sorti de son lit douillet à la demande des éléments du Groupement spécial des opérations (Gso), conduit par leur commandant Martin Claude Foh Soua. Ce dernier lui demande de mettre une tenue convenable. Puis Abah Abah se met au volant de sa Peugeot 307 pour suivre les flics. La première halte a lieu au siège du Gso au quartier Ekounou. Près de trois quarts d’heure plus tard, le cortège s’ébranle en direction de la Dpj. Abah Abah y entre vers 9h, et n’en est pas sorti jusqu’à 20h hier.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 01-04-08

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