Daily Archives: 5 March 2008

Magic Fm toujours fermée

MEDIAS

Le black-out perdure à Magic Fm

Les auditeurs de Magic Fm sont toujours privés des programmes de la chaîne urbaine à Yaoundé. Le mystère plane toujours sur le commanditaire de la saisie du matériel de cette  chaîne.

Le silence radio se prolonge sur les 100.1 Mhz. Il s‘agit de la fréquence d’émission de la radio urbaine Magic Fm à Yaoundé. Cette chaîne à capitaux privés a cessé d’émettre dans la journée de jeudi dernier, 28 février 2008. Hier, 4 mars 2008, une partie du personnel est réunie dans la cour de la radio. Propriétaire, chef de chaîne, responsables des programmes, de l’animation et de la technique dissertent à voix basse. C’est l’évolution de la situation qui prévaut. Approché, Mbida Ndzana Grégoire, président directeur général (Pdg) de Magic Fm, ne  cache pas sa méfiance vis à vis des médias. « Je ne donne pas d’interview » lâche-t-il.

Quelques instants plus tôt, ses collaborateurs et lui prenaient part à une rencontre avec le service de presse de l’Ambassade des Etats-Unis. Occasion de rendre publique la déclaration signée du directeur adjoint du Bureau de diplomatie publique au Bureau des affaires africaines. On y apprend que les Etats-Unis suivent «  de près la situation actuelle ».  Surtout que le silence de « la chaîne qui déchaîne » entraîne celui de la Voix de l’Amérique (Voa) à Yaoundé par le fait que la première prend la seconde en relais à certaines heures. Par conséquent, « le gouvernement des Etats-Unis prend très au sérieux la liberté d’expression  (…) et s’opposerait à toute action pour restreindre » cette liberté.

En attendant les médiations de cette chancellerie porte ses fruits, les responsables de Magic Fm restent dans l’incertitude. A propos du personnel, « je leur ai demandé de rester calme et d’attendre ; on espère qu’il y aura une suite favorable », confie le chef de chaîne, Jules Elobo. Sept jours déjà que ça dure. « C’est une situation qui n’est pas satisfaisante pour ceux qui avaient souscrit pour les contrats de publicité », regrette le responsable du service commercial, Oscar Owono qui se réserve de faire des évaluations hâtives.

C’est la gendarmerie qui a effectué le « raid » s’étant soldé par la saisie du matériel de Magic Fm le 28 février dernier. Le personnel présent ce jour là, affirme que l’opération a été menée par le colonel Tchinda, commandant du groupement d’escadrons du Mfoundi. Il était accompagné d’une centaine de gendarmes. Ils ont emporté le matériel de la radio sans présenter une quelconque note officielle. Qui a donc donné l’ordre de fermer Magic Fm ? Les responsables de la radio étaient au ministère de la Communication (Mincom) le 3 mars 2008. A défaut du Mincom, Biyiti Bi Essam Jean-Pierre, ils y ont été reçu par le Directeur de la communication privée, Mvotto Obounou.

Au sortir de cette entrevue, « on peut affirmer que la décision n’est pas partie du Mincom », relève Jules Elobo. Encore moins de l’administration territoriale. Le préfet du Mfoundi, Joseph Beti Assomo, leur a dit n’avoir reçu aucun document ou rapport émanant de la gendarmerie. Depuis lors, les tractations engagées par la hiérarchie de Magic Fm n’ont rien donné. Le secrétaire d’Etat à la défense, chargé de la gendarmerie aurait promis à ces derniers de s’en référer à son supérieur, le ministre de la Défense. « Il nous a dit que au moment venu, ils vont nous contacter », indique le chef de chaîne.

Édouard TAMBA

Presse en danger au Cameroun: Le Snjc interpelle le gouvernement

Je disais déjà ici que la presse camerounaise est en danger. La suite des événements montre bien que la situation ne s’est pas améliorée. Médias baillonés, journalistes et assimilés menacés… Le Cameroun fait tristement l’actualité internationale. Reporters sans frontières dénonce.

Le communiqué du Snjc

Le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) est très préoccupé par le climat d’insécurité généralisée que vivent les hommes de médias camerounais depuis quelques semaines, accusés qu’ils sont par les pouvoirs publics d’encourager les manifestations.

1. Jacques Blaise Mvié, directeur de publication de l’hebdomadaire La Nouvelle Presse a été enlevé ce jour, 03 mars 2008, à Yaoundé par des éléments de l’armée, apparemment sur ordre du Ministre délégué à la présidence de la République en charge de la défense nationale, Rémy Ze Meka alias ” Bad Boy “. Ce dernier a, en effet, été indexé dans l’édition de La Nouvelle Presse n°333 du 27 février 2008 comme étant le vrai auteur de la ” tentative de coup d’Etat ” qui a entraîné de nombreuses arrestations d’officiers de l’armée camerounaise.

2. Eric Golf Kouatchou, caméraman/réalisateur à la chaîne de télévision Canal 2 International a été arrêté par des éléments du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Douala mercredi 27 février 2007 à 8h00, alors qu’il allait couvrir une marche à Bonanjo. Les policiers ont détruit sa caméra après avoir confisqué sa carte professionnelle, et notre confrère a été contraint de rejoindre un groupe de 36 jeunes à qui le Groupement demandait manu militari de ramasser tout ce qui avait été déposé en plusieurs jours de crise sur les rues et avenues de l’axe Bonanjo-Yassa (environ 10 km). Une fois au siège du GMI, ce confrère a été roué de coups, fouetté et entendu sur procès-verbal ; il a été libéré à 18h30 le soir après avoir payé, sans reçu, la somme de 56 000 francs Cfa à ses bourreaux et suite à une intervention du directeur de la chaîne, M. Eric Fotso.

3. Polycarpe Essomba, correspondant permanent de Radio France Internationale à Douala, a, quant à lui, été obligé d’abandonner son domicile pendant toute la durée de la crise suite à des menaces téléphoniques à lui adressées, ainsi qu’à sa mère résidant à Yaoundé. Ce dernier à qui l’on reproche ses comptes-rendus ” peu patriotiques ” n’a pu rejoindre son domicile qu’hier ” à ses risques et périls “.

4. David Nouwou, rédacteur en chef délégué du quotidien La Nouvelle Expression, et Patient Ebwele, correspondant du quotidien Le Jour, ont été, chacun, roués de coups par des éléments de forces de l’ordre à Douala, avec, souvent, leur matériel de travail confisqué. On leur reprochait simplement de couvrir les événements et d’être sur le terrain, tandis que Yvonne Cathy Nken, journaliste à Canal 2 International a vu son véhicule vandalisé à Douala, et conduit au garage pour d’onéreuses réparations à sa charge.

Le SNJC s’inquiète de cette subite offensive armée des forces de sécurité contre les médias qui fait suite à l’interdiction par les autorités administratives et gouvernementales des chaînes Equinoxe TV, Radio Equinoxe et Magic Fm en une seule semaine. En exigeant la libération immédiate et sans condition de Jacques Blaise Mvié, directeur de La Nouvelle Presse, le SNJC interpelle, à cet effet, le Gouvernement camerounais en vue d’une vraie protection des journalistes et des médias dans l’intervalle tumultueux 2008-2011, et appelle à témoins l’opinion nationale et internationale contre cet état de terreur où l’armée n’hésite plus à tirer à balles réelles, sans sommation, sur les citoyens.

Fait à Douala, le 03 mars 2008

Par le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC)