Des avocats dénoncent une “ justice expéditive ” au Cameroun

REPRESSION

Des avocats dénoncent une “ justice expéditive ”

Des personnes interpellées dans le cadre des émeutes à Yaoundé passent à la barre ce jour. Une trentaine a été condamnée la semaine dernière.

Après quatre jours de tension, tout semble être rentré dans l’ordre au Cameroun. Sauf pour quelques centaines d’individus que l’Etat tient pour “ coupables ”. Certains d’entre eux seront fixés sur leur sort aujourd’hui, 4 mars 2008, devant les tribunaux de première instance du Mfoundi à Yaoundé. Ils pourraient rejoindre la trentaine de personnes jugées “ coupables ”, et condamnées à deux ans de prison ferme pour la plupart. Ces dernières, interpellées au cours des récents mouvements d’humeur à Yaoundé, sont poursuivies pour des infractions relevant du Code pénal : activité dangereuse (Art. 228), destruction des biens privés (Art. 316), etc. Les premiers verdicts du genre sont tombés jeudi dernier, 28 février 2008.
Le tribunal de première instance (Tpi) du Mfoundi –Ekounou a condamné dix prévenus. Ici, les audiences se seraient déroulées à huis clos selon des témoignages. Puis le Tpi de Yaoundé-centre administratif a pris le relais. Ouvrant les procès au public. Des avocats rencontrés à Yaoundé dénoncent le déroulement de cette procédure qu’ils qualifient de “ justice expéditive ”. Selon eux, les droits de la défense n’ont pas été respectés, et ce dès le début de la procédure. “ Tous avaient nié les faits qui leur étaient reprochés. Certains gendarmes sont allés jusqu’à disculper les prévenus sans que cela n’empêche le tribunal d’aller en voie de condamnation contre eux ”, regrette Me Djonko Francis, avocat à Yaoundé.

Entorses
“ Lorsque nous avons été informés de la situation, nous nous sommes constitués d’office, mes collègues et moi, pour quatre jeunes ”, indique-t-il. “ Notre démarche s’inscrit en droite ligne de la mission d’avocat. Lorsque à un moment donné, l’avocat constate que l’Etat manifeste une volonté de s’écarter de la loi, nous sommes interpellés pour signaler les dérives ”, précise-t-il. Les procès verbaux font état de ce que ces prévenus ont refusé d’être assistés par des avocats. “ Nous doutons de ce qu’on leur a effectivement offert cette possibilité ”, avance notre source. Plus grave, “ nous avons sollicité un renvoi pour mieux préparer notre défense, mais le tribunal a refusé ”, relève Me Djonko. “ Comment le juge en arrive à prononcer des peines semblables pour tout le monde alors que les faits sont différents ? ” se demande-il.
Pour, Me Togué “ on a l’impression que le Code de procédure pénale est mis entre parenthèses ; il s’agit d’une sorte de justice expéditive ”. De plus, ces avocats relèvent qu’ “ une décision ne peut pas être prononcée si elle n’est pas entièrement lue ” par le juge. Les avocats pensent que ce non respect des droits de la défense entraîne la nullité de la procédure. “ Nous sollicitions que la Justice qui est le bras séculier de l’Etat rende la justice sans vengeance, rancune ou faveur ”, lance Me Djonko. Ses confrères et lui se disent d’accord avec le chef de l’Etat qui martèle que force doit rester à la loi. Mais, “ autant force doit rester à la loi, autant la loi sera celle qui est applicable ”, rétorque Me Togué.

Par Edouard TAMBA
In Le Messager 03-03-2008

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