Quand Yaoundé s’enflamme_1

YAOUNDE

Les manifestants bloquent la poste centrale


C’est un centre ville calme à Yaoundé ce matin du 29 février 2008. Taxis, motos et véhicules personnels vont dans tous les sens. Les commerces sont ouverts. A l’exception de quelques grades surfaces comme Score. Des éléments du Groupement spécial des opérations (Gso) ouvrent l’œil. Leurs confrères du Bataillon d’intervention rapide (Bir) occupent l’Avenue Kennedy. Il y’en a un sur tous les 20m. L’armée est ainsi à son deuxième jour de garde. Car le centre ville de Yaoundé n’a pas échappé à la furie du 27 février dernier. Une horde d’une centaine de manifestants sortis de nulle part, a pris position sur la place Amadou Ahidjo vers 11h30. Torses nus, les faciès laissant imaginer une tranche d’âge variant de 16 à 25 ans. Leur mouvement bloque la circulation au rond-point de la poste centrale.

« On veut le travail », « La vie est trop chère », « On souffre trop », scandent-ils sous le regard médusé de la population et de quelques policiers. Les véhicules venant du boulevard du 20 mai, de la montée Sni, de Mvog-Mbi, de la Sonel centrale… sont attaqués à coup de bâtons et de pierres. Quelques vitres et pare-brises volent en éclats. On apprend qu’ils viennent de semer la panique au marché central, tout en demandant aux commerçant de « grever ». Ces derniers se dirigent ensuite vers le boulevard du 20 mai. « Allez les gars, allons par ici », lance celui qui semble commander les « troupes ». Ils mettent au trot et avancent en criant leurs revendications. Destination : l’Immeuble étoile, siège du Premier ministère. Les lieux sont investis. Les manifestants secouent les grilles et continuent de se défouler en criant. C’est alors qu’ils sont surpris par …des militaires de la brigade du Quartier général.

La Grande muette est sortie des casernes. Treillis, mitraillettes de type AK 47, casques lourds, casques pour se protéger des détonations… Cinq manifestants tombent dans leurs filets. Ils sont passés à tabac. Les passants du boulevard du 20 mai et des environs prennent quelques « coups perdus ». Mal en prend les laveurs de véhicules installés à côté d’immeuble siège de la Campost. L’un d’eux a été stoppé par le staccato de la Kalachnikov. « J’ai seulement entendu tchak tchak et je me suis arrêté. Ils nous ont demandé de nous couché dans la boue. Ils nous ont tapé avec les fusils et les casques et ils nous ont fouetté tout le monde, 15 coups chacun », raconte une victime en présentant des ecchymoses au front. Par petit groupe, les militaires se positionnent devant les édifices publics. Un hélicoptère survole la ville. On apprend qu’il aurait repéré une bande de manifestants en marche vers le Palais de l’Unité à Etoudi…

Edouard TAMBA

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