Alerte : La presse camerounaise en danger

Alerte : La presse camerounaise en danger

Je me garde très souvent de publier mes opinions sur cette tribune. Ce par respect pour l’intelligence de mes lecteurs. Chacun étant capable de tirer ses conclusions après avoir lu un compte-rendu. Je vais sacrifier ici ce principe cher. Parce que l’heure est grave. Plus que grave. La communication sociale est en danger. Les médias à capitaux privés étant la nouvelle cible du pouvoir en place. Jeudi, 21 février dernier, le ministre de la communication (Mincom), Jean-Pierre Biyiti Bi Essam, a rendu publique une « décision (…) portant fermeture de la chaîne de télévision dénommée Equinoxe Tv ». Et pan ! Selon le texte du Mincom, Equinoxe Tv (Etv) est dans une situation d’ « exercice illégal de la profession de diffuseur en communication audiovisuelle ».

Le ministre se réfère d’une part à article 36.2 de la loi n°90/052 sur la liberté de communication sociale. Et d’autre part, aux articles 52 et 53 du décret 2000/158 fixant les conditions et les modalités de création et d’exploitation des entreprises privées de communication audiovisuelle. Equinoxe Tv ne disposait pas de licence d’exploitation et fonctionnait depuis le avril 2006 grâce à la « tolérance administrative ». Comme la majorité des entreprises du genre. En fait, Canal 2 International, Spectrum television et Sweet Fm sont les seules chaînes à disposer d’une licence d’exploitation. La décision du Mincom a été suivie d’une descente de policiers au siège de Etv sis au quartier (Akwa) à Douala. Ces derniers ont scellé les studios de la télévision. Equinoxe Tv y émet depuis 2006. Et emploie une cinquantaine de personnels. Dans les couloirs et bureau du Mincom, des fonctionnaires sont à la limite ahuris. Ils disent avoir été informés par voie de radio. Idem à la direction de la communication privée, et à la cellule juridique de ce département ministériel.

Le ministre est soupçonné de vouloir faire taire quelques médias nuisibles au projet de modification de la Constitution. Il s’en défend. Arguant qu’il s’agit d’une décision purement administrative. Soit ! Mais pourquoi avoir commencé par Etv, et pas une autre chaîne jouissant de la « tolérance administrative » ? Et pourquoi avoir attendu ce moment où le « front du NON » a le plus besoin de s’exprimer ? Les voies de Biyiti restent insondables. Mais l’opinion en est encore à exprimer sa surprise que re-pan ! Une décision du gouverneur du Littoral, Faï Yengo Francis, ferme Radio Equinoxe. Une entreprise appartenant au même groupe que Etv et installée dans le même bâtiment. Ce même gouverneur qui quelques semaines plus tôt a interdit toutes manifestation publiques dans son territoire de commandement.

Des indiscrétions annoncent des décisions du genre dans les jours à venir. Radios et télévisions à capitaux privés tremblez ! L’épée de Damoclès plane désormais sur vos têtes. Les chaînes disposant déjà de licence d’exploitation ne serait pas à l’abris. D’aucuns sont allés jusqu’à dire que Biyiti est « fou ». Que neni ! Il ne saurait être un électron libre. Le pouvoir en place a ses ambitions. Se débarrasser de la limitation des mandats présidentiels et « éterniser » le prince au pouvoir. Il faut pour cela « mettre hors d’état de nuire » ces médias qui non seulement donnent la parole aux « opposants », mais aussi montrent leurs manifestations et les exactions des forces de l’ordre à la télé. J’interprète ce qui arrive à Equinoxe comme un tir de semonce. Le message est clair. « Celui qui ne veut pas s’aligner en pâtira ! ».

L’actuel Mincom est donc en mission. Et avait déjà tombé son masque. Ce de part ses leçons de journalismes par lettres interposées. On avait alors entendu le mois dernier, un journaliste de formation, du haut de son statut de ministre de la Communication dire aux journalistes : « En république l’Armée est prénommée la ‘Grande muette’. Nous sommes en République, Messieurs ! L’armée ne parle pas ; ne parlez pas d’elle ; et nulle part au monde, elle n’est un sujet de reportage, pas même dans les vielles démocraties : la France, les Etats-Unis… » No comment ! Le même ministre s’est confondu à un journaliste pour expliquer dans les colonnes de Cameroon-Tribune, plus d’une fois, la nécessité de modifier la Constitution.

Dans les mêmes colonnes, il a cru devoir répondre à une interview de Bernard Muna, leader politique, sur les ondes de Rfi, et au quotidien Mutations ayant titré : « Révision de la Constitution : Paul Biya achète les députés ». A propos de B. Muna, il déclare « Bernard qui n’a pas de nom a perdu ce jour-là, sur les antennes de la Radio mondiale, pour moi tout au moins, une belle occasion de se faire un prénom ». Pour ce qui est du journal Mutations, « il abuse tout simplement le lecteur de bonne foi en tombant dans le piège du titre sensationnel : catégoriquement affirmatif à la une (…) foncièrement dubitatif à l’intérieur », poursuit le Mincom. Certains parlent d’un ministre souffrant d’une hypertrophie de zèle ? Je vous parle d’un faucon au service des basses manœuvres d’un régime au bord de l’implosion. Pour le malheur de la liberté de communication, des médias et des journalistes.

Edouard TAMBA

Inédit

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