Pr. Tsalefac explique les mutations du climat à Yaoundé

Entretien
Pr. TSALEFAC Maurice
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Les saisons sont stables mais leur contenu peut changer

Le climat de Yaoundé semble détraqué. Vent sec et frais en matinée, grosse chaleur en journée, puis retour de la fraicheur en soirée… Le spécialiste du climat et maître de conférence à l’université de Yaoundé I explique.

On observe un climat frais et sec à Yaoundé ces derniers jours. C’est du à quoi ?

Actuellement prévaut à Yaoundé un climat très contrasté. C’est à dire parfois il chaud en journée, très frais à l’aube, avec beaucoup de poussière. C’est pour cette raison que la peau à tendance à sécher et blanchir à cause des particules de poussières qui se déposent. Le temps qui prévaut est un temps de saison sèche. C’est l’air froid venant des régions polaires et tempérées. Cela est lié à l’Harmattan, aussi appelé Alizé du nord-est. Ce vent vient du Sahara. Pendant cette période de l’année, il est particulièrement vigoureux. C’est l’hiver dans l’hémisphère nord, et cet hiver nous envoie des vents très froids qui renforcent l’anti-cyclone sahélien. Et cet anti-cyclone a la possibilité de nous envoyer la brume sèche observable ces derniers temps. Pour me résumer, quand c’est l’hiver dans l’hémisphère nord, les vents froids descendent jusqu’à la latitude du Sahara. Les anti-cyclones qui y sont s’en retrouvent revigorés, et peuvent propulser la brume sèche jusque dans les région forestières du sud.

Ce climat souvent observé dans les années antérieures semble être arrivé plus tard. Y a t-il une explication ?

Ça commence en principe au mois de décembre. Plus précisément entre fin novembre et début décembre. Mais cette année, puisqu’il a beaucoup plut en décembre, on n’a pas eu le climat habituel. On a plutôt eu un temps généralement observable vers la fin du mois d’octobre. C’est maintenant que la saison sèche s’installe. Ces particules de poussière dans l’air, servent aussi de support pour l’eau atmosphérique. C’est à dire que pour qu’il pleuve, il faut que ces particules s‘agglomèrent autour des particules de poussière. Cette eau prend ainsi du poids et tombe sous forme de pluie. Si on a ces particules de poussière dans un environnement qui est parfois humide il peut pleuvoir à contre temps. Si on a eu droit à des pluies au début de ce mois de janvier, c’est parce que ces particules venaient en même temps que l’air était très humide. Donc elles ont provoqué la conjonction particules de poussière-humidité. D’habitude, ces pluies tombent avant Noël. Et on les appelle les « pluies de Noël ». Mais il pleuvait tellement en décembre qu’il n’y avait plus lieu de distinguer ce qui était « pluie de Noël » et ce qui ne l’était pas.

La population a du mal à supporter ce froid sec. Combien de temps cela va encore durer ?

Il faut donc bien se oindre, pour ne pas voir sa peau se craqueler ou ses lèvres sécher. Le temps va être sec en journée, avec de la chaleur. Comme il n’y a pas suffisamment de nuages, le temps est contrasté. C’est pour cette raison qu’on passe d’un temps chaud à un temps très frais. Habituellement, ce sont les nuages qui font qu’il n’y a pas de très grandes variations de température. En principe, la saison sèche doit durer jusqu’en début mars. On devrait entrer dans la saison de pluie dès la deuxième quinzaine du mois de mars.

Ces pluies à « contre temps » semblent remettre en question les leçons apprises sur le climat du Cameroun en général et de Yaoundé en particulier ?

C’est bien valable. Parce que cette division là qu’on nous apprise à l’école est liée à la révolution de la terre autour du soleil. De ce fait, le soleil se situe à la verticale pendant les équinoxes. Pendant les solstices d’été, il peut être à la verticale au tropique du Cancer ou du Capricorne. Ce sont ces positions du soleil qui permette en principe de passer de l’été à l’hiver. Parce que, si le soleil est à la verticale au tropique du Capricorne, c’est à dire dans l’hémisphère sud, à ce moment là, nous sommes dans l’hiver à l’hémisphère nord. S’il est à la verticale au tropique du Cancer, c’est l’hiver dans l’hémisphère sud. Ces divisions tiennent compte de la position du soleil.

Est-ce à dire qu’on est à l’abri des effets du réchauffement climatique ?

Maintenant, le contenu de ces saisons là, nonobstant la position du soleil, en terme d’humidité peut changer. Parce que dire que le soleil est à la verticale au tropique du Cancer implique que notre pays est envahi par la mousson. Le contenu de cette mousson là peut changer. C’est ce qu’on appelle les changements climatiques. Donc quand on parle de changement climatique, ce n’est pas pour dire que les saisons n’existent plus, mais que leurs contenus en terme humidité et de chaleur est plus ou moins altéré. Ce à cause du fait qu’on est devenu plus nombreux, on consomme beaucoup plus, on abat les arbres, on produits les gaz à effet de serre…
Vous savez que l’atmosphère au dessus de la terre est devenue plus épaisse. Cela empêche les rayons solaires arrivés sur la terre de pouvoir s’échapper. Ce réchauffement là entraîne la fonte des neiges et la montée du niveau des océans. Si la neige fond et le niveau des eaux augmente en même temps qu’il y a de forte chaleur, le cycle évaporation – précipitation va être plus ou moins intense et perturbée. Et on va observer des précipitations en saison sèche. Puisque le calendrier solaire prime pour le moment sur ces perturbations, on aura toujours les grandes divisions. A la longue, on va constater quand on va étudier la répartition des pluies, on va observer qu’il y avait beaucoup plus d’eau en saison sèche qu’avant. Ce qui peut être la traduction des changements climatiques chez nous

Entretien avec
Édouard TAMBA

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