Les déguerpis de Nsam dans les marécages à Mendong

Des familles recasées dans les marécages à Mendong

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Les populations riveraines au périmètre de sécurité de la Société camerounaise de dépôt pétrolier (Scdp) ont été déplacées sur un autre site. Tout n’y est pas pour le mieux.

“ Croa croa croa ! ” Sonorités d’un concert de crapauds qui accueillent le visiteur sur le site de recasement des “ déguerpis de Nsam ”. Des lotissements viabilisés par la Mission d’aménagement d’équipement des terrains urbains et ruraux (Maetur), au quartier Mendong. Réseau électrique, routes revêtues de gravillon, terrains numérotés… dans une sorte de vallée, entre le Camp Sic Mendong, et le mont Eloumden. Aux lendemains de la catastrophe de Nsam, des lopins de terre ont été “ réservés ” ici pour recaser les riverains de la Scdp. Des champs de maïs font face à ce domaine. Et des sillons remplis d’eau les entourent. Des cris d’oiseaux se joignent à la symphonie des crapauds. Un bras de la rivière Mefou coule juste à côté.
“ Nous ne venons pas de Nsam, on a acheté le terrain. Demandez un peu là-bas ”, indique un habitant du coin, en pointant une maison à étage aux travaux inachevés. Ici vit Michel Serge Awa, témoin du drame de Nsam, et président du “ Collectif des populations de Nsam recasées à Mendong-Lycée ”. Un tour rapide des lieux en sa compagnie laisse découvrir “ la réalité ”. Des mûrs vieux de un à trois ans sont encore humides, et déjà fissurés. La mousse a rendu le sol verdâtre dans certaines cours. Un de ses voisins a été surpris en voulant déterrer la souche d’un arbre. L’eau a jailli du sol, à moins de 50 cm de profondeur. Ce qui facilite l’approvisionnement en eau d’un fabricant de parpaings à côté. C’est le 4 septembre 2004, que ses voisins et lui ont eu les titres fonciers, au cours d’une cérémonie à la mairie d’Efoulan. Soixante-six familles au total, des indemnités variant de 171 811 201 et 333 685 Fcfa.
A l’occasion, le préfet de l’époque, Pascal Mani, leur avait donné trois mois pour déguerpir. Chacun se serait exécuté à son rythme. “ Ce qui nous a surpris, c’est que deux mois plus tard, des engins sont venus détruire les maisons ”, se souvient M.S. Awa. C’est ainsi pris entre deux feux que les familles se (re)construisent à Mendong. Mais la surprise sera désagréable au moment de creuser les fouilles pour les fondations. “ On creuse à peine 50 cm, et on constate qu’il y a de l’eau ”, lance son voisin. “ On était obligé d’acheter une motopompe et des camions de moellons pour solidifier le sol. La fondation à elle seule a coûté une maison ”, se plaignent M.S. Awa et son voisin. Les populations en arrivent à conclurent que la Maetur les a installé sur des marécages remblayés. Du coup, certains vendent leur lopin et s’en vont voir ailleurs. A peine une trentaine de famille sont restées.
Entre temps, le collectif a initié des requêtes auprès de la Primature. Plusieurs commissions sont descendues sur les lieux. La dernière a observé que la Maetur a installé une trentaine de familles sur des sols hydromorphes, alors que quarante lots viables n’ont pas été attribués. Pour le collectif, “ la vérité est que cette malencontreuse affaire vient du fait de la Maetur ”, qui “ mise à dos d’avoir commercialisé les lots sur la terre ferme sans l’accord du légitime propriétaire (l’Etat), s’est vue obligée, pour satisfaire à la demande des déguerpis de Nsam, d’empiéter sur le domaine public de l’Etat (…) ” Une extension qu’ils jugent “ frauduleuse et malpropre ”. Conséquences, moustiques, odeurs nauséabondes et crues de la Mefou sont le lot quotidien des populations.
Edouard TAMBA
In Le Messager du 14-02-08

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