Africom pour mieux conquérir l’Afrique

GEOSTRATEGIE

Les Etats-Unis repensent la conquête de l’Afrique

L’Ambassadeur Mary Carlin Yates a donné une vidéoconférence le 16 janvier 2008, sur le commandement des Etats-Unis en Afrique (Africom).

Que cherchent les grandes puissances en Afrique ? Des observateurs avertis pensent qu’elles y voient de sérieux enjeux pour la pérennisation de leurs puissances économiques et militaires. Mais, « ce n’est pas dans nos intentions d’avoir une base militaire dans le golf de guinée », se défend l’ambassadeur Mary Carlin Yates. Surtout que certains médias ont annoncé la présence d’une base sous-marine dans la zone. Ce 16 janvier 2008, M. C. Yates, donne une vidéoconférence depuis Paris, sur le nouveau commandement des Etats-Unis en Afrique appelé Usafricom, ou Africom. On y apprend que c’est le résultat d’une réorganisation des structures internes du commandement de l’armée américaine.

Cette réorganisation a conduit à la mise sur pied d’Africom, pour la gestion des relations entre l’armée U.S. et 53 pays du continent africain. Exception faite de l’Egypte qui gardera sa « traditionnelle relation » avec le commandement central basé aux Etats-Unis. Selon M. C. Yates, par ailleurs adjointe du commandant pour les activités civilo-militaires, Africom serait plus à même d’aider « le département de la défense et les autres services du gouvernement américain à travailler de concert, et avec les partenaires, d’atteindre un environnement plus stable », pour la croissance économique et la stabilité politique. Pour y arriver, le pays de l’oncle Sam prévoit de multiples programmes d’assistance et de formation dans les domaines militaires et civils. Maintien de la paix, surveillance des frontières maritimes, aide à la gouvernance, santé… et développement économique sont au menu.

Un budget de 75 millions de dollars américains a été arrêté pour la période allant du 1er octobre 2007 au 30 septembre 2008. M.C. Yates, le nouveau commandement ne remettra pas en cause les accords militaires bilatéraux existants entre des pays africains et les Etats-Unis. Africom n’a pas un siège unique en Afrique. Ainsi, le personnel sera réparti à travers plusieurs villes de l’Afrique. Pour l’instant, Africom est basé à Stuttgart en Allemagne, ou il dépend de commandement des Etats-Unis en Europe (Eucom). Et le général, Africain-Américain, William E. Ward en assure le commandement depuis le 1er octobre 2007.

 

Intérêts

La forte présence militaire américaine à Djibouti amène à penser que c’est un candidat sérieux au futur siège de ce commandement sur le continent noir. La création de Africom a été annoncée le 1er février 2006, mais il était en gestation depuis l’ère Clinton. Les stratèges américains souhaitant que l’Afrique ne soit plus « gérée » au travers de Eucom. Pour Dr Alain Fogue, panéliste de la conférence, Africom est un instrument pour la défense des intérêts U.S. Tout comme le programme Recamp mis au point par les français. Ce qui selon lui est « légitime », face à la « cécité géostratégique » des pays africains.

Cette interprétation rejoint celles d’autres spécialistes. Ils voient en Africom d’abord un moyen de lutte contre le terrorisme afin de contenir Al Quaïda et les groupes salafistes du maghreb. Mais aussi, un instrument de géopolitique pour contrôler le golf de Guinée et ses richesses pétrolières. Ou encore un outil de compétition économique pour faire face à la Chine, l’Inde et l’Union européenne sur les marchés d’Afrique. Des thèses que rejettent évidement M. C. Yates. Africom « ne serait pas destiné à faire la guerre (…) Aucune nouvelle base ne sera créée dans le continent africain et aucun nouveau contingent de soldats américains n’y sera envoyé », soutient-elle.

Par Edouard TAMBA

In Le Messager du 21-01-08

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