Accidents de moto : la côte d’alerte

DANGER

Accidents de moto : la côte d’alerte à Yaoundé

victime-de-la-moto-au-pavillon-leriche-ph-tamba.jpgLes victimes d’accidents de moto sont de plus en plus nombreux à Yaoundé. Et les cas s’aggravent.

La circulation des motos dans la ville de Yaoundé dépasse le cadre du désordre urbain. Le week-end dernier, l’Hôpital central de Yaoundé (Hcy) a reçu six nouveaux pensionnaires. Ils sont internés au pavillon Leriche. Des victimes d’accidents dans lesquels des motos étaient impliquées. Tous souffrent de traumatismes. Faute de port du casque. Deux d’entre eux, plus amochés, sont sous assistance respiratoire. Ces derniers auront eu le loisir de célébrer noël et nouvel an. Contrairement aux autres victimes qu’ils rejoignent à l’hôpital.

C’est le cas de Atedzoé Prosper. « Depuis le 24 décembre, je suis ici. Je chie ici, j’urine ici et je mange ici », dit-il en se tordant de douleur. Il vient de recevoir un pansement sur la poitrine. Son pied gauche est sous bandage. Tandis que les mouvements de sa main gauche sont limités par un foulard noué au cou. « Le 24 nous sommes sortis vers 13h pour aller payer les pneus de ma voiture. J’étais avec mon fils et c’est moi qui conduisait », entame-t-il avec peine. C’est au retour de ces achats que le malheur est arrivé, au quartier Ekounou.

« A environs 4m de notre destination, j’ai clignoté à gauche, et mon fils a tendu sa main gauche. Le véhicule qui nous suivait a ralenti et clignoté à droite », poursuit-il. La position de cette voiture l’empêche de voir arriver un véhicule plus grand. « Le camion et venu comme une flèche. Ca ma envoyé en l’air et je suis retombé. Quand je me suis levé, j’avais du sang partout. Je cherchait mon fils et j’ai commencé à pleurer », se souvient Prosper, fracturé aux côtes et au pied gauche.

« Je suis tombé dans le coma pendant près de 20 minutes et je me suis retrouvé ici à l’hôpital », raconte Nnomo Eyebe pour sa part le fils. Il est interné dans la salle voisine. Souffrant d’une double fracture à la jambe gauche. C’est le chauffeur du véhicule leur cédant le passage qui les a secourus et transportés à l’hôpital. Le pavillon Leriche a reçu en moyenne une centaine de cas similaires ces deux derniers mois. Conducteurs et passagers ne portaient pas de casque. Ce qui fait dire au chef du service des urgences chirurgicales de l’Hcy que la situation est alarmante. Et les accidents de nuit sont encore plus graves et peut-être plus nombreux.

Edouard TAMBA

In Le Messager du 8-01-08

Interview – Pr BAHEBECK Jean
“Ca va devenir un problème de santé publique”

Le chef du Service des urgences chirurgicales et du Service de traumatologie et orthopédie au pavillon Leriche de l’Hôpital central de Yaoundé (Hcy) tire la sonnette d’alarme.Le nombre d’accidentés par moto à Yaoundé semble atteindre des proportions inquiétantes. Est-ce le cas au pavillon Leriche ?
Effectivement, il y a une augmentation du nombre d’accidentés par moto et même temps, il y’a une augmentation en terme de gravité de ces accidents. On observe en moyenne deux à trois accidentés par jour, dont un ou deux risquant la mort. C’est une affaire grave. Ca va devenir un problème de santé publique et je crains que ça devienne plus tard un problème politique.

Les centres hospitaliers de Yaoundé ont-ils les moyens matériels et humains pour contenir et traiter ces victimes de plus en plus nombreuses ?
Les structures actuelles ne sont pas suffisantes. C’est pour cette raison que ça pourrait devenir un problème politique. Il faudrait d’une part organiser les hommes, et les services pour accueillir les victimes. Et d’autre part, organiser le cadre légal pour les mesures de prévention. Le port du casque par exemple doit être obligatoire autant chez le conducteur que chez le passager. Parce que ce qui les tue, ce sont les traumatismes au niveau de la tête.

Quand est-il au niveau de l’Hôpital central de Yaoundé ? Existe-t-il des mesures immédiates en attendant une meilleure organisation ?
Il n’y a pas actuellement un service spécialisé de neuro-traumatologie pour eux. La plupart des pays développés ont prévu ça. Ont fait avec le peu qu’on a. Cette nuit seulement, on a reçu six traumatisés crâniens. Ils sont au niveau des urgences chirurgicales. Et deux d’entre eux ont des tuyaux dans la gorge.

Réalisé par
Edouard TAMBA
In Le Messager du 8-01-08

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