Les bacs à ordures sont incontournables à Yaoundé

Emmanuel NGNIKAM

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“ Yaoundé sans bac à ordures n’est pas envisageable”

Docteur en sciences et techniques de déchets, et co-auteur avec Dr Emile Tanawa, de l’ouvrage “ Les villes d’Afrique face à leurs déchets ”, il explique pourquoi Yaoundé ne peut se passer des bacs à ordures et préconise des méthodes alternatives.

Peut-on envisager une ville comme Yaoundé sans bacs à ordures dans la rue ?
Yaoundé sans bac à ordures pour l’instant, et pour un horizon lointain n’est pas envisageable. Ce pour deux raisons principales. La ville de Yaoundé n’a pas de route. On est à moins de 15 Km par hectare (Ha) urbanisé. En urbanisme, le ratio optimal c’est autour de 40 Km de route /Ha urbanisé. Avec ce déficit criard de voirie, il y a des zones qui ne sont pas accessibles par camion.La seule possibilité pour ces personnes-là de pouvoir être desservies, c’est qu’elles puissent verser leurs ordures dans un bac placé à un endroit accessible par camion.
L’autre raison tient du fait que les quartiers de Yaoundé ne sont pas construits de la même façon. Il y a les quartiers dits à habitats spontanés, où les habitants sont à plus de 400 voir 500m des routes carrossables. Le porte-à-porte n’y est pas envisageable. Pour celui qui a la volonté d’enlever ses déchets, s’il entend même le klaxon du camion, il n’arrivera pas en route à temps. Il faut aussi relever que tous les ménages n’ont pas quelqu’un à la maison en permanence. Les parents travaillent et les enfants vont à l’école. Les périodes de production d’ordures chez ceux-là ne correspondent pas toujours à la fréquence de passage des camions. Donc le bac à ordures leur permet de faire sortir leurs ordures, avant le passage du camion.
Pour ces principales raisons, on ne peut pas envisager, même à moyen terme, de faire une collecte des déchets sans bac. Le porte-à-porte n’est envisageable que pour certains quartiers. A condition que les ménages soient accessibles, et qu’il y ait un accompagnement social en terme de communication et de sensibilisation.

La collecte d’ordures par la méthode du porte-à-porte semble pourtant réussir en Occident et dans quelques villes d’Afrique…
En Afrique subsaharienne, je ne connais pas de ville qui ne fasse que le porte à porte. Parce que la description que j’ai faite de Yaoundé est valable pour ces villes. Dans les villes européennes où le porte à porte est privilégié, ils ont réuni deux atouts assez forts. Chaque ménage y a une adresse ce qui suppose qu’ils sont accessibles par véhicule. Les communes y ont pu convaincre les habitants, de sorte que chaque habitation a une poubelle normalisée ; munie d’un couvercle. Une telle poubelle permet de stocker les ordures à la maison sur une période relativement longue, et sans trop de risques. Ce qui est loin d’être le cas chez nous. Ici vous ne pouvez pas stocker les déchets pendant plus de deux jours sans être gêné par les odeurs. C’est pour ces raisons que le porte à porte marche en Occident. Jusque-là, ils combinent avec les bacs. Tous les lieux qui peuvent rassembler des personnes ont des bacs. C’est aussi le cas à l’entrée des immeubles collectifs.

Quelle est, à votre avis, la solution pour une bonne maîtrise des déchets ?
La meilleure façon de maîtriser nos déchets, c’est d’abord de pouvoir les collecter convenablement. Si on peut sortir toutes les ordures produites, et les stocker à un endroit bien maîtrisé à l’abri des impacts sur l’environnement. Le reste en termes de valorisation et de traitement vient après. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas encourager les initiatives. En le faisant, il faut être conscient que ces initiatives ne peuvent traiter qu’une partie des déchets que nous produisons. Sachons d’abord bien les collecter, et bien les mettre en décharge. Déjà dans notre contexte, malheureusement, on n’a pas de décharge. En dehors de Yaoundé qui peut se prévaloir d’une décharge acceptable, aucune ville du Cameroun n’en a une. Même pas Douala.

Que faut-il justement faire, pour optimiser cette collecte des ordures ?
Si on veut arriver à sortir l’essentiel de nos déchets, il faut qu’en plus du travail fait par Hysacam, qui est louable et indispensable, on allie des opérateurs qui n’ont pas les mêmes moyens d’intervention, et qui puissent aller chercher les déchets dans les quartiers avec des moyens beaucoup moins performants que les camions. Notamment les pousse-pousse et le transport manuel. Il y a déjà quelques initiatives du genre sur le terrain. Je pense qu’elles méritent d’être soutenues par les pouvoirs publics.

Entretien avec Edouard TAMBA
In Le Messager du 21-11-2007

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