Gestion du Bip : Le rapport qui dénonce

INVESTISSEMENT PUBLIC

Gestion du Bip : Le rapport qui dénonce

Les projets d’investissement publics régulièrement détournés ou mal exécutés

1-Le tableau noir du Centre-Sud
Où en est-on avec l’aménagement du parc de la Mefou ? Ce projet annoncé à grand renfort de communication au début des années 2000 est introuvable à Mfou. Pourtant 35 millions de Fcfa ont été débloqués sur le budget d’investissement public de 2003 et 2004 pour les travaux. Ce cas qui s’apparente à un détournement de projet ou de deniers publics n’est pas unique au Cameroun. Quatre-vingt quatorze (94) projets sur cent quatre-vingt dix-sept (197) sont introuvables sur le terrain. Il s’agit projets annoncés par les journaux annuels de projet pour la période allant de 2000 à 2005 pour quatre communes du Cameroun. Akono et Mfou dans la province du Centre, Ngoulemakong dans le Sud et Mbengwi dans le Nord-Ouest. Ces projets concernent en priorité les secteurs de l’éducation, la santé l’énergie, l’eau, les infrastructures routières, la production rurale et l’administration.
Les chiffres viennent d’être rendus public par le Centre d’accompagnement de nouvelles alternatives de développement local (Canadel). A l’issue d’« étude pilote sur l’utilisation du budget d’investissement public dans quatre communes ». Cent vingt devraient être réalisés dans le Centre et le Sud. Le tout à hauteur de 1milliard, 821 millions 546 mille Fcfa. Soixante neuf (69) seulement ont été identifiés. Soit 40 sur 88 à Mfou. 18 sur 21 à Akono, et 11 sur 11 à Ngoulemakong. Le cas de Mfou est le plus criard avec à peine 30% des travaux réalisés. Le chantier de construction de l’Ecole normal des instituteurs de l’enseignement général (Enieg) est à l’abandon. Après avoir englouti 200 millions dans le Bip de 2002. La réhabilitation du poste forestier d’Edzassana dans la même commune est aussi à l’abandon. Malgré les 10 millions de Fcfa extraits du Bip de 2001.
Dans l’arrondissement de Mfou, quarante-huit (48) projets sont introuvables ; vingt-sept entièrement (27) réalisés, un (1) en cours de réalisation ; neuf (9) inachevés et trois (3) non réalisés. Dix-huit des projets d’Akono ont été identifiés. Et quinze en ont été réalisés. Pour ce qui est de Ngoulemakong, neuf projets sont bouclés tandis deux sont inachevés. Soit un taux de réalisation de 81,8%. Mais ici, l’envers du décor n’a rien d’amusant. Ici, un seul projet est jugé de bonne qualité. « Sur les 11 projets de la commune de Ngoulemakong, 7 ont été classés dans la catégorie des projets mal réalisés », relève le Canadel. Mfou et Akono ne sont pas mieux loties en terme de qualité. La première commune a cinq bonnes réalisations sur 37, et 3 sur 18 pour la seconde.

2-Les maires accusent
Les initiateurs de l’étude expliquent ces insuffisances dans la gestion du Bip en une huitaine de paramètres. Selon eux, plusieurs projets « préparés et présentés dans le journal des projets sont nébuleux », du coup l’identification et l’évaluation se compliquent. C’est ainsi par exemple que 1 millions de Fcfa ont été débloqués en 2005 pour le Gic des femmes productrice de palmiers à huiles et de manioc. Mais, « ce financement n’est jamais parvenu au Gic bénéficiaire. Ces femmes, jusqu’à ce qu’on le leur annonce, ignoraient complètement que leur structure avait fait l’objet d’un financement du Bip », affirme le Canadel. De plus, les projets ne correspondent pas toujours aux desiderata de la population. « Ce sont les entrepreneurs qui le plus souvent vont négocier les projets qu’ils aimeraient réaliser dabs une localité donnée », apprend-on. L’influence des élites, le clientélisme et l’opacité du processus font le reste.
Ici, les maires concernés se défendent. « Le maire, en la situation actuelle des choses n’est ni de près ni de loin mêlé à la gestion du Bip. C’est un peu une aberration. Le maire n’intervient ni à l’élaboration, ni à la phase de mise en œuvre, encore moins au suivi. Nous ne pouvons pas assumer la qualité de la prestation publique rendue à la population. Et c’est nous qui portons le mandat », décrie l’ex maire de Mfou, Protais Atangana dans un document vidéo réalisé par le Canadel. Son confrère de Ngoulemakong, Anicet Akoa, appuie : « Nous avons constitué notre commission communale des marchés qui ne s’est jamais réunie. Ça veut tout dire, mais, Au moment de lancer le marché, bizarrement vous n’êtes plus impliqué. Au moment du choix et du début des travaux vous n’êtes même pas saisi ».
William Sollo, maire d’Akono n’en dit pas moins. « Même la planification qu’elles auraient pu faire n’existe pas ou n’est pas prise en compte. La population peut accorder la priorité à l’électricité, et le Bip décide de faire une route qui va disparaître dans trois mois à cause de la saison des pluies », remarque-t-il. Ceux-ci, autant appellent à élaboration participative du Bip. Ce qui entraînerait le droit de regard des municipalités dans les phases d’exécution de suivi et d’évaluation. La Canadel propose même de confier la gestion du Bip aux maires. « La commune devrait quitter le stade de l’outil administratif où on signe les actes, pour devenir un catalyseur du développement local », pense le coordonnateur, Jeanot Minla Mfou’ou. Depuis 2006, l’Etat publie le journal des projets dans la presse. Volonté de transparence ou diversion ? Voire.
Edouard TAMBA

In Le Messager

De l’importance du Bip
Le Budget d’investissement public « consiste en une forme de programmation des opérations à réaliser par l’Etat pendant une année ». Selon le coordonnateur du Canadel, ce budget est d’autant plus important parce que « de toutes les sources de financement possible de développement il y’en a une qui est très permanente et sûr à 100%, c’est le Bip d’un Etat ». Et, « l’Etat n’est légitime à exister et fonctionner que s’il œuvre au financement du développement et lutte contre la fracture sociale par des actions à effets réels et mesurables sur le niveau de vie des populations ».

Leave a Reply