Ebolowa: Le comice agropastoral encore attendu

Le site du Comice dans la brousse

Le site du Comice agropastoral d'Ebolowa 1987... dans la brousse (Ph TAMBA)

Initiative de développement / Comice Agropastoral d’Ebolowa

20 ans après : chronique d’un comice manqué

Le site réquisitionné par le gouvernement pour le comice agropastoral de 1988 à Ebolowa est à l’abandon.

1- De hautes herbes à la place des stands
Des hautes herbes. Principale végétation du site réservé au comice agropastoral de 1988 à Ebolowa. Le site en question se trouve à Ngalane. Un village de Ebolowa Ier, sur l’axe qui mène sur Lolodorf. L’espace en forme de triangle a une surface de 38 hectares selon le “ propriétaire ”, Mvondo Ongotto Jean Albert. Parti du centre ville, le bitume se sépare au sommet de ce triangle pour en desservir deux côtés. L’endroit est en majorité recouvert de hautes herbes et d’arbres. Aucune trace des stands aménagés à l’époque pour accueillir le comice.
Le ministère de l’Agriculture et du développement rural (Minader) y a fait construire des cases communautaires. Des palmiers à huile et des bananiers – plantains y ont été plantés par la Minader. Le commissariat de sécurité publique du 4e arrondissement a été installé sur les lieux. Ainsi que d’autres bâtiments administratifs. Des paysans ont défriché çà et là pour les semailles. Quelques unes s’y affairent encore à retourner la terre en cette mi-journée du 18 octobre 2007. Une incursion dans la broussaille permet de découvrir des étangs à l’abandon. De même que des troncs d’arbustes fraîchement coupés.
“ Il y a le village voisin qui a aussi donné du terrain, pour l’atterrissage de l’hélicoptère du président de la République ”, indique Mvondo Ongotto J.A. Non loin du site justement, un héliport a été aménagé. L’héliport est au village Akak-Essatolo. Dans la brousse. Attendant toujours l’atterrissage du président de la République pour le comice agropastoral. Entre temps, l’aire sert de cour de jeu aux élèves de l’école publique du village. Des traces de pneus laissent croire que des apprentis chauffeurs s’exercent souvent dans le coin.

2- Du rêve à la désillusion

Vingt ans que ça dure. Et on s’en souvient à Ebolowa comme si c’était hier. Lors de la clôture du comice agropastoral de Maroua en 1987, le président de la République, Paul Biya, annonce la tenue de la prochaine édition à Ebolowa. Des instructions sont données au maire de la ville, Enam Mba Samuel pour qu’il trouve un site adéquat. Le relief accidenté rend les recherches infructueuses. Jusqu’à ce qu’un site adéquat est découvert au village Ngalane, à l’extrémité de la ville. Les terres appartiennent à Mvondo Ongotto Jean Albert et ses frères. Mais le premier n’est pas très “ chaud ” pour céder l’héritage familial. Encore qu’il y a une vaste plantation de cacaoyers.
Son épouse l’amène à changer d’avis. Elle lui rappelle que le domaine aurait dû accueillir le collège Bonneau qui “ fait la fierté d’Abang ”, le village voisin. A l’époque, des missionnaires canadiens avaient sollicité l’endroit, mais le père de son époux refusa. Un deuxième refus serait de trop. Et le contraire serait l’occasion de rendre au village sa fierté avec des infrastructures de développement. Le vieux cède. Il s’en réjouit même. Puisque le bitume et les lignes d’électricité arrivent enfin à Ngalane. Les prémices d’un futur radieux, selon lui.
Des constructions en matériaux provisoires, et des étangs piscicoles sont faits sur le site. La population de la Mvila en général, et celle de Ngalane en particulier se mettent au travail. Animaux de bétails, volailles et poissons d’eau douce sont nourris en double ration. Les agriculteurs s’y mettent aussi. Qui pour le plus gros régime de plantain, le plus gros melon, la plus grosse tubercule de manioc, le plus long bâton de manioc … Il faut faire sensation et remporter le premier le prix. La date retenue finit par arriver. Une année après, les paysans ne voient rien venir.

3- De l’espoir au bout d’un discours
Rendez-vous est pris pour l’année suivante. Une fois de plus, le comice agropastoral d’Ebolowa avorte. La population apprend que l’annulation du comice est officielle. L’Etat parle de “ crise économique ”. L’avenir radieux se transforme en cauchemar. “ Tout le monde a été découragé ”, selon un paysan du coin. Les installations sont pillées. “ Ce sont les responsables les ayant construites et gérées qui ont commencé à les démonter. Ils ont volé et la population en a profité ”, se souvient-il. L’administration a réagi à cet incivisme. “ L’armée a fouillé les maisons dans le village. Des gens ont été arrêtés, puis relaxés ”, poursuit notre source.
Le temps a passé. Les cultures ont repris sur le site à la faveur d’une autorisation de l’administration. “ C’est maintenant que je recommence à cultiver. J’avais arrêté. ”, lance Mme Mvondo Aka’ayele. Et d’ajouter qu’elle “ continue à faire mes cultures. J’ai eu une médaille le 20 mai 2007 pour l’agriculture ”. Son époux et elle croient encore à la tenue d’un comice agropastoral à Ebolowa. Le premier s’en tient aux propos du Minader, Jean Nkuete, le 16 octobre 2007.
A l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, le vice-Premier ministre aurait promis le comice. “ La ville d’Ebolowa jouera un rôle déterminant dans l’organisation des prochains comices provinciaux et nationaux ”, rapporte un confrère local qui dit citer Jean Nkuete. Aucune trace de ces mots dans la copie du discours. Approché par la presse au cours de cette cérémonie, ce dernier aurait précisé que ce n’est pas une promesse ferme. Trop tard ! “ On était au nombre de 7. Mes frères sont tous morts. J’espère que je serai encore vivant ”, dit Mvondo Engotto J.A. Comme lui, plusieurs paysans ont repris espoir. Et recommencent à attendre. Vingt ans après la promesse officielle.


Par Edouard TAMBA A Ebolowa
In Le Messager du 23-10-2007

3 thoughts on “Ebolowa: Le comice agropastoral encore attendu

  1. Max

    Pleure ô Cameroun, mon pays bien aimé. Que de belles promesses depuis 1/4 de siècle, et le peuple attend toujours.

  2. Malaika

    Pleurer ? S’énerver ? S’indigner ? Désespérer ? Grhhhhhhhhhhhhh !

    Edouard
    Ma soeur ne t’énerve surtout pas. La tension empêche de réflechir convenablement et laisse place au désespoir. Ce que ces vieux qui nous gouvernent cherchent probablement.

  3. Malaika

    Ok je me calme. Tu as raison. C’est probablement ce qu’ils veulent… Prendre de la distance permet de proposer des alternatives. J’inspire… J’expire… je respire. Bon je continue ma visite sur ton blog.

    Edouard
    Sage décision ma soeur. Restons calmes et concentrés, parce que fait quoi fait quoi, the struggle must go on. Et il nous faut des combattants pour cela.

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